Traduit du dialecte sicilien, l'auteur, Tino Casparello, que nous découvrons, nous livre un texte non pas sur l'incommunicabilité, mais sur la difficulté de communiquer par simple manque de moyen: les mots, pour y parvenir.
Malgré un décor (de Jean Hass) qui évoque, sous un ciel étoilé dans une gaze d'azur profond, un endroit d'un romantisme achevé, et malgré ce ponton ( unique lieu de l'action, commandé par une porte à loquet qui n'en finit pas de s'ouvrir et de se refermer sur "Elle) qui a toutes les apparences d'un refuge protecteur, c'est bien dans un univers fermé et pauvre, au coeur de vies faites toute d'âpreté et de rudesse que nous pénétrons avec ce beau texte court et intense.
En dépit de cette regrettable inadéquation,on s'émeut à mesure que cette épouse envahissante au début, se révèle au cours de l'action être une femme admirable, qui déploiera toute sa détermination à essayer de faire parler son époux "absent", à vaincre son silence de taiseux, avide de solitude , à réveiller en lui sa profonde et émouvante tendresse tue, étouffée, muette.
Obstinément, malgré ses rebuffades et ses esquives,elle revient encore et toujours (par la porte..) usant de prétextes insignifiants, évoquant doucement , progresivement, pitoyable et pudique, ses peurs et son désarroi face à "sa" solitude , son abandon.
Ses tentatives répétées et maladroites leur permettront, après tous ces échanges, qui n'ont de creux que l'apparence, de se retrouver et de se dire enfin, à leur façon,toute la tendresse qui les unit l'un à l'autre
Quel superbe hommage à la femme ,à "cette" femme que nous livre Caspanello, si démunie dans son combat, mais si profondément déterminée, qu'elle parviendra, on oserait presque dire par son "entêtement" à obtenir la
plus belle des victoires que l'on puisse remporter: celle du coeur.
Pour l'incarner, Lea Drucker, nous éblouit de bout en bout par sa présence, sa subtilité infinie, sa profondeur, et sa rare sensibilité. Elle parvient à transmettre à son personnage des moments d'une telle intensité dramatique avec une étonnante économie de moyens que l'émotion nous étreint.
C'est bien à cela que se reconnait le grand talent, Lea Drucker nous en donne encore cette fois l'illustration parfaite, je salue en elle une comédienne exceptionnelle, une interprète rare.
Retrouver ici les avis et points de vue d'une fine plume de la critique théâtrale parisienne...
mardi 14 juin 2011
lundi 13 juin 2011
Semianyki au Rond-Point jusqu'au 2 juillet 2011
Inutile de vous présenter les "Semianyki" après le battage médiatique qui a entouré leur retour au Rond-Point cette saison.
Ils y reprennent le spectacle que j'avais déjà vu en 2007 avec un bonheur intense mais plus confidentiel alors.
Si la surprise de la découverte a disparu, les retrouvailles avec la famille (Semianyki) foutraque demeurent un moment de gaieté salutaire.
Comment résister aux coquetteries, oeuillades et tortillements "ensorcelants" de cette mère au ventre énorme de veille d'accouchement, affublée de ses grosses galoches, de ses chaussettes à larges rayures horizontales et de son chandail au crochet.
Comment ne pas s'esclaffer devant cette brochette d'affreux jojos de la pire espèce, lâches, hypocrites, sadiques dont l'imagination débordante n'est jamais prise de court pour s'exercer sur leur père, victime de prédilection, ainsi poussé à l'abandon du domicile familial.
Comment ne pas avoir suivi avec fascination les prouesses d'inventivité et d'acrobatie du dit père pour parvenir à se verser et à boire un dé à coudre de vodka, alors qu'il a les bras entravés par un bâton de ski que ces charmants bambins lui ont subrepticement glissé dans les manches de sa veste.
Je citerai encore quelques tableaux d'anthologie comme le coup de téléphone, la promenade en poussette, la lecture du conte de fée et celui du ronflement qui sont tous désopilants.
Sous leurs apparences délirantes et iconoclastes voilà une soirée bien décoiffante et bien réconfortante à la fois où les enfants sont dénués d'angélisme et pourtant naïfs et affectueux, leur mère aimante et complice, leur père persécuté mais toujours sensible aux charmes de sa moitié et profondément attaché à sa famille.
Ils y reprennent le spectacle que j'avais déjà vu en 2007 avec un bonheur intense mais plus confidentiel alors.
Si la surprise de la découverte a disparu, les retrouvailles avec la famille (Semianyki) foutraque demeurent un moment de gaieté salutaire.
Comment résister aux coquetteries, oeuillades et tortillements "ensorcelants" de cette mère au ventre énorme de veille d'accouchement, affublée de ses grosses galoches, de ses chaussettes à larges rayures horizontales et de son chandail au crochet.
Comment ne pas s'esclaffer devant cette brochette d'affreux jojos de la pire espèce, lâches, hypocrites, sadiques dont l'imagination débordante n'est jamais prise de court pour s'exercer sur leur père, victime de prédilection, ainsi poussé à l'abandon du domicile familial.
Comment ne pas avoir suivi avec fascination les prouesses d'inventivité et d'acrobatie du dit père pour parvenir à se verser et à boire un dé à coudre de vodka, alors qu'il a les bras entravés par un bâton de ski que ces charmants bambins lui ont subrepticement glissé dans les manches de sa veste.
Je citerai encore quelques tableaux d'anthologie comme le coup de téléphone, la promenade en poussette, la lecture du conte de fée et celui du ronflement qui sont tous désopilants.
Sous leurs apparences délirantes et iconoclastes voilà une soirée bien décoiffante et bien réconfortante à la fois où les enfants sont dénués d'angélisme et pourtant naïfs et affectueux, leur mère aimante et complice, leur père persécuté mais toujours sensible aux charmes de sa moitié et profondément attaché à sa famille.
mercredi 1 juin 2011
Les Créanciers d'August Strinberg Théatre de la Colline
Cela a commencé par un bref instant de beauté théâtrale absolue, à vous couper le souffle : une scénographie magistrale:
. Descendant des cintres, quatre traits lumineux rouge incandescent délimitent le sol de l'action, un voile à l'arrière et du fin fond du plateau, un praticable noir surgissant des ténèbres d'où apparaît de l'obscurité, le personnage par qui le drame arrive, l'instigateur de l'anéantissement des deux autres protagonistes de cette tragédie. Quelques rares meubles stylisés complètent admirablement le décor.
Fugace enthousiasme, bonheur éphémère
Passées les premières répliques on comprend très vite que les interprètes ne sont pas au diapason du texte de Strinberg; texte au demeurant admirable, d'une cruauté et d'une noirceur implacables, d'une violence, par la force unique des mots qui tuent au sens propre du terme, assassine.
Qui du metteur en scène ou des interprètes en portent la triste responsabilité ? Je ne puis fournir la réponse.
Mais voir Adolf, ridicule et risible dans le rôle de double victime du drame, celle d'une femme inconstante et narcissique et celle de l 'ex-époux bafoué, ne passe pas.
Voir Tekla faire son entrée sur scène, vêtue comme pour un bal paré, alors qu'elle descend de bateau, s'exprimer avec l'accent anglais et une raideur de vieille fille, être totalement dépourvue de cette "rouerie" féminine si violemment dépeinte par l'auteur, devient pathétique .
Seul Gustaf tient honnêtement sa partition, mais quand les partitions se jouent à trois,on court à l'échec...
C'est le cas, les applaudissements sont à peine polis.On le regrette sincèrement pour Christian Schiarettii dont il faut cependant saluer la constance dans sa volonté de donner à voir ou à redécouvrir les grands textes.
. Descendant des cintres, quatre traits lumineux rouge incandescent délimitent le sol de l'action, un voile à l'arrière et du fin fond du plateau, un praticable noir surgissant des ténèbres d'où apparaît de l'obscurité, le personnage par qui le drame arrive, l'instigateur de l'anéantissement des deux autres protagonistes de cette tragédie. Quelques rares meubles stylisés complètent admirablement le décor.
Fugace enthousiasme, bonheur éphémère
Passées les premières répliques on comprend très vite que les interprètes ne sont pas au diapason du texte de Strinberg; texte au demeurant admirable, d'une cruauté et d'une noirceur implacables, d'une violence, par la force unique des mots qui tuent au sens propre du terme, assassine.
Qui du metteur en scène ou des interprètes en portent la triste responsabilité ? Je ne puis fournir la réponse.
Mais voir Adolf, ridicule et risible dans le rôle de double victime du drame, celle d'une femme inconstante et narcissique et celle de l 'ex-époux bafoué, ne passe pas.
Voir Tekla faire son entrée sur scène, vêtue comme pour un bal paré, alors qu'elle descend de bateau, s'exprimer avec l'accent anglais et une raideur de vieille fille, être totalement dépourvue de cette "rouerie" féminine si violemment dépeinte par l'auteur, devient pathétique .
Seul Gustaf tient honnêtement sa partition, mais quand les partitions se jouent à trois,on court à l'échec...
C'est le cas, les applaudissements sont à peine polis.On le regrette sincèrement pour Christian Schiarettii dont il faut cependant saluer la constance dans sa volonté de donner à voir ou à redécouvrir les grands textes.
dimanche 15 mai 2011
Au Revoir Parapluie de James Thiérrée .Théatre Marigny jusqu'au 12 juin
Dès 1998 j'avais été "alertée" en des termes enthousiastes sur le talent deJames Thiérrée, alors inconnu du public et qui se produisait dans un lointain théatre de banlieue, non fréquenté par l'intelligentsia parisienne comme bien d'autres scènes de la périphérie.
Quelques années plus tard je me suis précipitée au Rond-Point pour découvrir "La Symphonie du Hanneton".
L'éblouissement fut complet et depuis je n'ai manqué sous aucun prétexte ses autres créations (hormis "Raoul" en dépit de mes efforts) allant jusqu'à écourter des vacances pour sa "Veillée des Abysses".
Ce Magicien, à la fois immense poête et fol acrobate, qui illustre le rêve comme nul autre et qui parvient à nous émouvoir aux larmes avec ses tableaux enchantés et oniriques, nous transporte dans son imaginaire avec une grâce unique.
Oui chez lui se retrouvent tout à la fois le charme irrésistible, l'humour fabuleux, le sens du burlesque, le soucis de l'élégance, le charme intact de l'enfance de son génial aïlleul.
Pour autant James Thiérrée a su trouver sa propre personnalité, un style bien à lui, tout comme ses Parents, Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thiérrée, et sa soeur, Aurélia Thiérrée.
Aujourd'hui, le théâtre Marigny nous permet de revoir "Au revoir Parapluies" devant un public conquis d'avance. Je vais vous surprendre, vous paraître blasée mais je l'avoue, c'est avec un petit goût de déception que j'ai quitté la salle.
J'ai bien retrouvé le carrousel des cordages du début et son effondrement, le numéro surréaliste du rocking-chair, le comique et dérisoire duel des blés, les machines improbables, les monstres imaginaires, les chants étranges comme les exploits acrobatiques de ses partenaires.
Serait-ce la dimension du plateau qui amoindrit de la sorte la "portée" du spectacle? Même la tente du cirque au final, avec sa pluie lumineuse de volants, a un peu perdu de sa magie.
Néanmoins, si vous n'avez jamais vu James Thiérrée, il FAUT le découvrir absolument. Dans le monde actuel de la scène, il y demeure un prince incontestable.
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Quelques années plus tard je me suis précipitée au Rond-Point pour découvrir "La Symphonie du Hanneton".
L'éblouissement fut complet et depuis je n'ai manqué sous aucun prétexte ses autres créations (hormis "Raoul" en dépit de mes efforts) allant jusqu'à écourter des vacances pour sa "Veillée des Abysses".
Ce Magicien, à la fois immense poête et fol acrobate, qui illustre le rêve comme nul autre et qui parvient à nous émouvoir aux larmes avec ses tableaux enchantés et oniriques, nous transporte dans son imaginaire avec une grâce unique.
Oui chez lui se retrouvent tout à la fois le charme irrésistible, l'humour fabuleux, le sens du burlesque, le soucis de l'élégance, le charme intact de l'enfance de son génial aïlleul.
Pour autant James Thiérrée a su trouver sa propre personnalité, un style bien à lui, tout comme ses Parents, Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thiérrée, et sa soeur, Aurélia Thiérrée.
Aujourd'hui, le théâtre Marigny nous permet de revoir "Au revoir Parapluies" devant un public conquis d'avance. Je vais vous surprendre, vous paraître blasée mais je l'avoue, c'est avec un petit goût de déception que j'ai quitté la salle.
J'ai bien retrouvé le carrousel des cordages du début et son effondrement, le numéro surréaliste du rocking-chair, le comique et dérisoire duel des blés, les machines improbables, les monstres imaginaires, les chants étranges comme les exploits acrobatiques de ses partenaires.
Serait-ce la dimension du plateau qui amoindrit de la sorte la "portée" du spectacle? Même la tente du cirque au final, avec sa pluie lumineuse de volants, a un peu perdu de sa magie.
Néanmoins, si vous n'avez jamais vu James Thiérrée, il FAUT le découvrir absolument. Dans le monde actuel de la scène, il y demeure un prince incontestable.
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L'Opera de quat'sous de Bertolt Brecht musique de Kurt Weill à la Comédie Fraçaise (Salle Richelieu) mise en scène de Laurent Pelly.
Ce n'est pas la qualité de l'oeuvre de Bertolt Brecht , ni celle de la musique de Kurt Weill qui ont besoin d'être célébrées ici.
Le succès était déjà au rendez-vous en 1928 lors de la création et ne s'est jamais démenti depuis. Si je n'ai pas pu voir la version cinématographique de 1931, ni la mise en scène de Sthreler en 1956 , dès mon adolescence j'ai ressenti un véritable "coup de foudre", jamais renié, pour la rengaine de "Mackie" et tant d'autres refrains chantés par Lothe Lenia (l'épouse de Brecht) comme par Ella Fiztgerald .
C'est pourquoi la version très réussie, donnée à "La Colline" en 2004 par le tandem Schiaretti et Malgloire n'était nullement un prétexte pour me priver du spectacle actuellement à l'affiche du Français .
Et là quel bonheur! Un des seuls , avec "Autour de Charlus" (dans un tout autre registre) que nous ait réservé cette "morne" saison.
Enfin une mise-en scène inventive , intelligente, fourmillante de trouvailles au service de l'oeuvre et de la musique, qui contrairement à une fâcheuse habitude des plus répandues, ne sert pas la mégalomanie délirante du "scénographe" mais la lettre et l'esprit de l'oeuvre.
Des décors, eux aussi ingénieux, très réussis, et souvent réduits à quelques éléments, des changements à vue qui contribuent à renforcer le dynamisme de l'action et des costumes si bien conçus (quelles tenues nous portent ces "Dames") et enfin les comédiens du Français:
Génial, une fois encore, Thierry Hancisse; irrésistible Véronique Vella; redoutable Bruno Raffaelli, pour ne citer que les interprètes des rôles principaux, mais tous, vraiment sont là, justes, drôles, menaçants ou touchants.Quelle troupe ! C'est impressionnant. Et même si son talent n'est plus à démontrer un grand bravo à Laurent Pelly .
Plongeons-nous dans les bas-fonds, vautrons-nous dans la fange, vivons la guerre des gangs et la complicité de l"Autorité, délectons-nous de ces propos iconoclastes et dévastateurs.
Brecht ne se trompait pas. Cet " Opera à l'Envers" est d'une actualité brûlante et son objectif avoué contre la "Totale Crétinisation de l'Opera" pleinement atteint .
Vous l'aurez compris courrez au Français ou ne manquez pas la reprise: C'est une très belle réussite.
Le succès était déjà au rendez-vous en 1928 lors de la création et ne s'est jamais démenti depuis. Si je n'ai pas pu voir la version cinématographique de 1931, ni la mise en scène de Sthreler en 1956 , dès mon adolescence j'ai ressenti un véritable "coup de foudre", jamais renié, pour la rengaine de "Mackie" et tant d'autres refrains chantés par Lothe Lenia (l'épouse de Brecht) comme par Ella Fiztgerald .
C'est pourquoi la version très réussie, donnée à "La Colline" en 2004 par le tandem Schiaretti et Malgloire n'était nullement un prétexte pour me priver du spectacle actuellement à l'affiche du Français .
Et là quel bonheur! Un des seuls , avec "Autour de Charlus" (dans un tout autre registre) que nous ait réservé cette "morne" saison.
Enfin une mise-en scène inventive , intelligente, fourmillante de trouvailles au service de l'oeuvre et de la musique, qui contrairement à une fâcheuse habitude des plus répandues, ne sert pas la mégalomanie délirante du "scénographe" mais la lettre et l'esprit de l'oeuvre.
Des décors, eux aussi ingénieux, très réussis, et souvent réduits à quelques éléments, des changements à vue qui contribuent à renforcer le dynamisme de l'action et des costumes si bien conçus (quelles tenues nous portent ces "Dames") et enfin les comédiens du Français:
Génial, une fois encore, Thierry Hancisse; irrésistible Véronique Vella; redoutable Bruno Raffaelli, pour ne citer que les interprètes des rôles principaux, mais tous, vraiment sont là, justes, drôles, menaçants ou touchants.Quelle troupe ! C'est impressionnant. Et même si son talent n'est plus à démontrer un grand bravo à Laurent Pelly .
Plongeons-nous dans les bas-fonds, vautrons-nous dans la fange, vivons la guerre des gangs et la complicité de l"Autorité, délectons-nous de ces propos iconoclastes et dévastateurs.
Brecht ne se trompait pas. Cet " Opera à l'Envers" est d'une actualité brûlante et son objectif avoué contre la "Totale Crétinisation de l'Opera" pleinement atteint .
Vous l'aurez compris courrez au Français ou ne manquez pas la reprise: C'est une très belle réussite.
dimanche 8 mai 2011
"Lettres d'amour à Staline" de Juan Mayorga à la Tempête jusqu'au 29 mai
J'ai découvert Mayorga avec "Le Garçon du dernier rang", il y a deux ans dans le même lieu et avec le même metteur en scène. La manipulation était déjà le thème essentiel de cette excellente pièce qui décrivait comment un "maître" (ici le professeur) devenait le jouet de son élève. L'inversion des rôles et des rapports de force était parfaitement maîtrisée dans ce spectacle marqué aussi par le travail intelligent et efficace de Jorge Lavelli et de ses interprètes.
Dans ses "Lettres d'amour à Staline" l'auteur revient sur le sujet. Ici pour l'illustrer, il choisit de faire revivre sous nos yeux les rapports de deux personnalités hors du commun. C'est Boulgakov légendaire et sublime auteur de "Coeur de chien", "Maître et Marguerite", "Les Jours des Tourbine" (pour ne citer que les plus connus de ses chefs d'oeuvre) qui devient la victime non consentante de Staline soi-même et des effets les plus pervers et dévastateurs de son pouvoir absolu relayé par d'obscurs et serviles valets.
Boulgakov est un de mes auteurs de chevet: son humour noir, son humanité, son sens de la satire et du fantastique en font un des plus courageux et lucide écrivain de ces années terrifiantes. Sa vie, débutée par un succès et une reconnaissance immédiate, fut brisée par son éviction sans appel et l'interdiction de ses oeuvres: Staline le fit disparaître au sens propre de la vie littéraire sans oser le liquider physiquement. Sommet de la cruauté et de la perversité exercée par le "Chef" désespoir qui conduit à la limite de la folie, vécu par la victime. C'est le calvaire enduré par Boulgakov pendant les vingt dernières années de sa vie, sans pour autant jamais renoncer à créer et à écrire. C'est historique, bouleversant, matière à une des pires tragédies farcesques des temps modernes.
Mais voilà, passée la première demi-heure du spectacle, où la folie dévastatrice s'installe dans l'esprit de l'écrivain, et en dépit d'une interprétation magnifique de Luc Antoine Diquero incarnant Boulgakov, l'ennui s'installe, la démonstration pèse par la lourdeur de ses effets. Le supplice enduré tourne à l'outrance et à la caricature. On n'est pas convaincu par les "apparitions" maléfiques et répétées du Tyran, sortant d'une armoire grinçante, incarnation d'un cauchemar vivant. On n'est pas davantage convaincu par les échanges et les dialogues qui s'en suivent, et les tentatives désespérées mais indéfiniment renouvelées de la victime pour se justifier face à son bourreau.
Voilà une soirée qui était attendue autant avec d'impatience que d'émotion anticipée. C'est encore un rendez-vous raté de cette saison trop souvent décevante.
Dans ses "Lettres d'amour à Staline" l'auteur revient sur le sujet. Ici pour l'illustrer, il choisit de faire revivre sous nos yeux les rapports de deux personnalités hors du commun. C'est Boulgakov légendaire et sublime auteur de "Coeur de chien", "Maître et Marguerite", "Les Jours des Tourbine" (pour ne citer que les plus connus de ses chefs d'oeuvre) qui devient la victime non consentante de Staline soi-même et des effets les plus pervers et dévastateurs de son pouvoir absolu relayé par d'obscurs et serviles valets.
Boulgakov est un de mes auteurs de chevet: son humour noir, son humanité, son sens de la satire et du fantastique en font un des plus courageux et lucide écrivain de ces années terrifiantes. Sa vie, débutée par un succès et une reconnaissance immédiate, fut brisée par son éviction sans appel et l'interdiction de ses oeuvres: Staline le fit disparaître au sens propre de la vie littéraire sans oser le liquider physiquement. Sommet de la cruauté et de la perversité exercée par le "Chef" désespoir qui conduit à la limite de la folie, vécu par la victime. C'est le calvaire enduré par Boulgakov pendant les vingt dernières années de sa vie, sans pour autant jamais renoncer à créer et à écrire. C'est historique, bouleversant, matière à une des pires tragédies farcesques des temps modernes.
Mais voilà, passée la première demi-heure du spectacle, où la folie dévastatrice s'installe dans l'esprit de l'écrivain, et en dépit d'une interprétation magnifique de Luc Antoine Diquero incarnant Boulgakov, l'ennui s'installe, la démonstration pèse par la lourdeur de ses effets. Le supplice enduré tourne à l'outrance et à la caricature. On n'est pas convaincu par les "apparitions" maléfiques et répétées du Tyran, sortant d'une armoire grinçante, incarnation d'un cauchemar vivant. On n'est pas davantage convaincu par les échanges et les dialogues qui s'en suivent, et les tentatives désespérées mais indéfiniment renouvelées de la victime pour se justifier face à son bourreau.
Voilà une soirée qui était attendue autant avec d'impatience que d'émotion anticipée. C'est encore un rendez-vous raté de cette saison trop souvent décevante.
vendredi 29 avril 2011
"Le Gorille" d'aprés Kafka au Petit Montparnasse
Pendant la bonne heure de spectacle que dure la représentation du "Gorille" interprété par Brontis Jodorowsky et repris après son succès au Lucernaire à sa création, nous assistons à une performance d'acteur parfaitement aboutie que je salue volontiers.
Brontis Jodorowsky nous fait la démonstration d'un exceptionnel travail d'acteur fruit à la fois de ses années d'expérience passées chez Ariane Mnouchkine qu'il revendique et de la direction de son père Alejandro Jodorowsky qui signe le mise en scène.
Il nous tient en haleine et subjugue le public par ses bruitages, mimiques, postures et gesticulations simiesques, déroutantes et dérangeantes.
Je n'en dirai pas autant du fond qui paraît facile face à la perfection de la forme.
Oui, la démonstration a contrario de la supériorité de l'animal sur l'homme, est un argument qui peut séduire; oui, la survie de tout être vivant ne peut s'obtenir le plus souvent que par le renoncement, pour ne pas dire la trahison, de soi même. Oui la société nous broie impitoyablement s'il on est incapable de comprendre les bénéfices qu'apporte la stricte observation des règles établies.
J'ai lu de nombreuses oeuvres de Kafka dont l'étrangeté et la singularité mêmes sont le révélateur d'une angoisse métaphysique singulière et profonde. Jodorowsky nous propose une version librement adaptée de la nouvelle éponyme: cela explique sans doute que les "lianes" utilisées pour notre macaque sur scène sont vraiment trop grosses.
Brontis Jodorowsky nous fait la démonstration d'un exceptionnel travail d'acteur fruit à la fois de ses années d'expérience passées chez Ariane Mnouchkine qu'il revendique et de la direction de son père Alejandro Jodorowsky qui signe le mise en scène.
Il nous tient en haleine et subjugue le public par ses bruitages, mimiques, postures et gesticulations simiesques, déroutantes et dérangeantes.
Je n'en dirai pas autant du fond qui paraît facile face à la perfection de la forme.
Oui, la démonstration a contrario de la supériorité de l'animal sur l'homme, est un argument qui peut séduire; oui, la survie de tout être vivant ne peut s'obtenir le plus souvent que par le renoncement, pour ne pas dire la trahison, de soi même. Oui la société nous broie impitoyablement s'il on est incapable de comprendre les bénéfices qu'apporte la stricte observation des règles établies.
J'ai lu de nombreuses oeuvres de Kafka dont l'étrangeté et la singularité mêmes sont le révélateur d'une angoisse métaphysique singulière et profonde. Jodorowsky nous propose une version librement adaptée de la nouvelle éponyme: cela explique sans doute que les "lianes" utilisées pour notre macaque sur scène sont vraiment trop grosses.
vendredi 22 avril 2011
"Rue Saint-Denis" Théatre de l'Epée de Bois
Au petit matin la mansarde de Monsieur Moulineaux (Jean-Claude Drouot) s'entrouvre sur la rue Saint-Denis ne laissant passer que sa tête. Celui-ci, qui observe depuis des années la gent masculine et féminine évoluant sur la parcelle de bitume qu'il a sous les yeux, nous livre une série de commentaires hauts en couleurs et désabusés véritablement irrésistibles et d'autant plus cocasses qu'il occupe dans le décor une place sur le sol de la scène surplombée par deux hautes toiles peintes en perspective figurant de chaque côté les hôtels de la rue Saint-Denis. Notre "vigie", vieux grognon, a cependant un faible, pour ne pas dire un secret amour, pour une belle prostituée noire dont il s'inquiète de l'absence auprès de Josette sa "collègue" au grand coeur et au long cours qui attend l'heure de la retraite avec professionnalisme et dévouement. C'est ainsi que l'on apprend que la pauvre Marilyn, tourmentée par un passé trouble, s'oublie "dans la blanche". A son retour sur le trottoir elle évoque le drame qui a marqué sa jeunesse sur l'île au rythme lancinant de ses talons aiguille martelant l'asphalte et que s'amorce cette Oedipe créole voulue par l'auteur.
Jean-Claude Drouot incarne formidablement le vieil atrabilaire, la vieille pute (Cathy Bodet) lui donne la réplique avec une gouaille et une faconde totalement convaincante. Si la langue d'Alain Foix, drue, dense, triviale parfois, vulgaire jamais, anime les personnages campés rue Saint Denis, hélas la tragédie, elle, manque cruellement de souffle et surtout ses protagonistes s'enlisent inéluctablement dans un texte bavard et banal. Seule nous sauve de l'ennui l'apparition intermittente du récitant joué par le génial Modeste Nzapassara qui allie tous les talents d'une somptueuse créolité par ses dons exceptionnels d'acteur, de danseur, de mime et de narrateur.
Voilà donc une soirée tout en contraste.Elle nous aura cependant permis de revoir Jean-Claude Drouot inattendu et excellent et de découvrir Modeste Nzapassara
Jean-Claude Drouot incarne formidablement le vieil atrabilaire, la vieille pute (Cathy Bodet) lui donne la réplique avec une gouaille et une faconde totalement convaincante. Si la langue d'Alain Foix, drue, dense, triviale parfois, vulgaire jamais, anime les personnages campés rue Saint Denis, hélas la tragédie, elle, manque cruellement de souffle et surtout ses protagonistes s'enlisent inéluctablement dans un texte bavard et banal. Seule nous sauve de l'ennui l'apparition intermittente du récitant joué par le génial Modeste Nzapassara qui allie tous les talents d'une somptueuse créolité par ses dons exceptionnels d'acteur, de danseur, de mime et de narrateur.
Voilà donc une soirée tout en contraste.Elle nous aura cependant permis de revoir Jean-Claude Drouot inattendu et excellent et de découvrir Modeste Nzapassara
"Le Problème" de François Bégaudeau au Théâtre Marigny - Salle Popesco jusqu'au 15 mai
Cette pièce de François Bégaudeau nous parle de la séparation d'un couple voulu par l'épouse lassée d'une vie conjugale qu'a progressivement rongée la lassitude, la monotonie, l'indifférence et l'usure des ans, et qui, posément, calmement et lucidement, sans patos ni convulsion justifie devant son mari et ses deux grands enfants sa décision de les quitter pour vivre un nouvel amour, riche de tendresse, de désir, de plaisir plutôt que de poursuivre une existence de faux semblants et de laisser échapper cet authentique et nouveau bonheur.
Dans un beau décor sobre et élégant de Damien Caille-Perret, Emanuelle Devos est lumineuse, naturelle. Elle joue son personnage avec une grande authenticité et elle incarne cette femme à la fois sensible et courageuse, avec délicatesse et vulnérabilité. Ce n'est pas le caprice ou l'égoïsme qui la guide, sa décision a été mûrement réfléchie, et elle a conscience des déchirements qu'elle provoque, mais elle est convaincue qu'elle est dans le vrai et s'en explique avec une totale sincérité.
Lui, le mari (Jacques Bonaffé) renfrogné, sa blessure et son amour propre écorné, reste digne mais sait exprimé le choc qui l'atteint de plein fouet.
Et puis les enfants. Voilà le plus rare et réussi de la pièce de Bégaudeau. Sa connaissance étonnante, profonde de l'adolescence. Pas une réplique, pas un échange, dont chaque mot ne résonne avec une justesse admirable, une pertinence totale. Les deux jeunes comédiens sont eux aussi étonnants. L'aîné (Alexandre Lecroc) possessif et plus agressif envers sa mère, allant jusqu'à la provoquer sur le sujet du sexe; la cadette (Anaïs Demoustier) mignonne, est totalement bouleversante quand après avoir longuement gardé le silence et feint l'indifférence, finit par déclarer à sa mère qu'elle ne souhaite que son bonheur. On est submergé d'émotion. Une petite phrase lachée dans la tempête, et c'est toute la douceur de l'amour familial que sait faire resurgir la très jeune et talentueuse comédienne.
La mère peut enfin partir et quitter sa famille dans une "paix" quasiment retrouvée et le spectateur, la salle, après avoir vécu avec les interprètes une situation si commune de nos jours mais jamais banale ni innocente.
Dans un beau décor sobre et élégant de Damien Caille-Perret, Emanuelle Devos est lumineuse, naturelle. Elle joue son personnage avec une grande authenticité et elle incarne cette femme à la fois sensible et courageuse, avec délicatesse et vulnérabilité. Ce n'est pas le caprice ou l'égoïsme qui la guide, sa décision a été mûrement réfléchie, et elle a conscience des déchirements qu'elle provoque, mais elle est convaincue qu'elle est dans le vrai et s'en explique avec une totale sincérité.
Lui, le mari (Jacques Bonaffé) renfrogné, sa blessure et son amour propre écorné, reste digne mais sait exprimé le choc qui l'atteint de plein fouet.
Et puis les enfants. Voilà le plus rare et réussi de la pièce de Bégaudeau. Sa connaissance étonnante, profonde de l'adolescence. Pas une réplique, pas un échange, dont chaque mot ne résonne avec une justesse admirable, une pertinence totale. Les deux jeunes comédiens sont eux aussi étonnants. L'aîné (Alexandre Lecroc) possessif et plus agressif envers sa mère, allant jusqu'à la provoquer sur le sujet du sexe; la cadette (Anaïs Demoustier) mignonne, est totalement bouleversante quand après avoir longuement gardé le silence et feint l'indifférence, finit par déclarer à sa mère qu'elle ne souhaite que son bonheur. On est submergé d'émotion. Une petite phrase lachée dans la tempête, et c'est toute la douceur de l'amour familial que sait faire resurgir la très jeune et talentueuse comédienne.
La mère peut enfin partir et quitter sa famille dans une "paix" quasiment retrouvée et le spectateur, la salle, après avoir vécu avec les interprètes une situation si commune de nos jours mais jamais banale ni innocente.
lundi 4 avril 2011
L'illusion Conjugale - Théâtre de l'Oeuvre
Mue par une curiosité perverse, je me suis rendue au théâtre de l'Oeuvre pour voir la reprise de la pièce d'Eric Assous, récompensée par le Molière du meilleur Auteur en 2010 et grand succès du théâtre privé de la saison dernière.
Le thème éculé de la femme, du mari et de l'amant est habilement traité, quelques répliques au-dessus du niveau primaire boulevardier. Le décor splendide "dans son dépouillement théâtral", les hommes - Jean-Luc Moreau dans son rôle magistralement interprété de macho blessé et José Paul toujours infiniment subtil, dans celui de looser, mais amant comblé- sont parfaits. Elle, efficace, mais sans nuance.
Il n'empêche, au bout de 10 minutes je me suis ennuyé ferme et ai trouvé bien longue l'heure et demie du reste de la représentation.
Ces facilités convenues, téléphonées et tristement conventionnelles, manquent cruellement d'un soupçon de folie, d'une once de dérision, d'un peu de décalage.
On est au ras des pâquerettes, on n'en décolle jamais. c'est tristement plat et dénué d'intérêt.
Le thème éculé de la femme, du mari et de l'amant est habilement traité, quelques répliques au-dessus du niveau primaire boulevardier. Le décor splendide "dans son dépouillement théâtral", les hommes - Jean-Luc Moreau dans son rôle magistralement interprété de macho blessé et José Paul toujours infiniment subtil, dans celui de looser, mais amant comblé- sont parfaits. Elle, efficace, mais sans nuance.
Il n'empêche, au bout de 10 minutes je me suis ennuyé ferme et ai trouvé bien longue l'heure et demie du reste de la représentation.
Ces facilités convenues, téléphonées et tristement conventionnelles, manquent cruellement d'un soupçon de folie, d'une once de dérision, d'un peu de décalage.
On est au ras des pâquerettes, on n'en décolle jamais. c'est tristement plat et dénué d'intérêt.
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