dimanche 13 novembre 2011

Une Histoire d'Ame d'Ingmard Bergman avec Sophie Marceau Théâtre du Rond Point jusqu'au 19 novembre et en tournée ensuite

"Une Histoire d'Ame" ou la descente aux enfers dans la folie et l'enfermement d'une Belle personne.

Cela débute par les caprices d'enfant gâtée d'une ravissante, mais très vite elle révèle ses fractures de femme blessée, blessée par la froideur de son époux et ses infidélités.

Très vite elle se referme sur elle même tout en s'efforçant de faire semblant et de donner le change.
Très vite aussi, elle bascule tout à fait, et c'est l'asile psychiatrique.

La chute ne s'arrête pas pour autant, l'enfermement révèle aussi des degrés de déchéance et d'abandon, et là encore, malgré les nombreuses manifestations de sa "déraison" elle poursuit son monologue par un récit toujours plus tragique sur sa Vie d'aliénée et témoigne cependant d'une lucidité surprenante: ultime effort sans doute pour ne pas sombrer tout à fait.

La grande beauté de Sophie Marceau éblouit. Elle rayonne sur le plateau, elle éclate de santé:
Et c'est ce qui me gène.

Toute la fragilité, la vulnérabilité de ce personnage troublant, trop saine, Sophie Marceau ne convainc pas en dépit de sa sensibilité et de sa retenue.

Le texte de Bergman ne m'a pas convaincue non plus:
Il manque de ressort dramatique et au théâtre cela ne pardonne pas.

dimanche 16 octobre 2011

L'augmentation de Georges Perec au théâtre du Rond-Point jusqu'au 6 novembre

Par respect pour la mémoire de Georges Perec je ne m'étendrai pas sur "L'Augmentation".

On est à l'opposé de toute la poésie et du charme irrésistible qui émanaient de l'inoubliable "Je Me Souviens" avec Sami Frey.

Ici l'hyperréalisme triomphe. Les interminables gesticulations et déclamations des comédiens, outrancières dans tous les registres sans exception, écrasent et réduisent à néant les subtilités du texte et le talent de Perec.
La metteur en scène, Anne-Laure Liégeois, accomplit ici le travail d'un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Il n'en ressort qu'un spectacle terriblement daté, ennuyeux au-delà du supportable et qui semble interminable en dépit de sa courte durée.

Loin du registre affiché du "Rire en résistance" c'est d'un comique troupier archaïque dont il s'agit.

Dire que j'avais tant de regret de n'avoir pu obtenir des places pour "Debrayage", je l'ai échappé belle !

vendredi 14 octobre 2011

Gaspard Proust au Théâtre du Rond-Point

Vous connaissez tous Gaspard Proust.

On ne fait pas ici dans la confidentialité.
Le spectacle se joue à guichet fermé dans la grande salle Renaud-Barrault.
Les échos se multiplient de toutes parts sur les ondes et dans la presse.

Ma curiosité n'était pas moins dénuée de mes réticences habituelles pour le genre "one man show" d'humoriste trop souvent gras et lourd.

Mais divine surprise notre élégant jeune homme fait dans le politiquement incorrect de rigueur, le transgressif généralisé, la provocation cultivée, l'humour noir intense.

Révélateur impitoyable de toute notre médiocrité complaisante et de nos désirs inavouables.

Une heure quinze de rire, jaune, à sen étrangler.

C'est cinglant, toujours juste et plus encore dérangeant.
On en redemande.
Honte à Lulu de ne pas vous en avoir parlé plus tôt.

L'Homme Inutile de Iouri Olecha mise en scène de Bernard Sobel

Vous ne connaissez pas Youri Olecha?

Rassurez-vous, moi non plu, en dépit de mon attirance pour de nombreux auteurs russes: Boulgakov, Babel, Pilniak, Agnéev et Yakov Braun, ses contemporains.

Voilà tout le talent et le mérite de Daniel Sobel: avoir ressuscité cet écrivain prophétique né à la charnière du XXème siècle, en 1899, et mort en 1960 dans le plus grand dénuement et dans l'oubli parce qu'interdit après avoir connu la notoriété avec ses premiers écrits.

"L'Homme Inutile". Pièce visionnaire qui annonce en 1928 notre époque, avec une lucidité prémonitoire sidérante. "L'Homme Inutile" ou comment sauver l'humanité face à l'implacable règne du matérialisme.

Rien de didactique ici, moins encore de démonstration pédagogique; mais une parabole foutraque mettant en scène deux frères que tout oppose.
L'un respecté et soutenu par les autorités pour son engagement sans réserve dans la recherche du progrès social et la libération de l'homme, inventeur d'une découverte fondamentale: le saucisson à 25 Kopecks pour tous, moyen infaillible pour atteindre le but suprême: l'Avenir Radieux.
L'autre, fol, roi déchu, clochard superbe et ivrogne, est l'incarnation de l'Homme Inutile.

Entre eux deux autre personnages, enjeu du drame qui se noue: une délicieuse jeune fille, objet de toutes les rivalités, et un jeune poète maudit, protégé du savant mais également fou amoureux de la jeune personne.

Tout cela finira mal, tragiquement, par la mort du poète, l'avènement triomphal du saucisson face à l'écrasement du complot des sentiments fomenté par l'autre frère, qui aura tenté par tous les moyens de les faire se soulever dans un ultime soubresaut contre-révolutionnaire.

Certes le spectacle dure deux heures quarante... le texte n'est pas exempt de quelques longueurs et digressions parfois bavardes, mais son essence même, l'idée de l'auteur: la transposition du sujet sur le mode burlesque, en font un spectacle baroque et passionnant. La beauté des décors de Lucio Fanti dans un style entre expressionnisme et modernisme épuré, le jeu étonnant de John Arnold grandiose (Ivan le vagabond) face à Pascal Bongard (Andreï, l'homme nouveau) font aussi oublier quelques erreurs de distribution.

Le spectacle a pris fin le 8 octobre, je vous en ai parlé pour vous donner envie de lire Iouri Olecha
Voilà vraiment un auteur à REdécouvrir:
"Le Livre des Adieux" édition du Rocher 2006
"L'Envie" chez Point Seuil
"Les Trois Gros" à L'Age d'Homme

dimanche 2 octobre 2011

Hollywood de Ron Hutchinson au Théâtre Antoine Mise en Scène Daniel Colas avec Daniel Russo, Thierry Frémont et Samuel Le Bihan

Hollywood - ou comment David O' Selznick s'est cloîtré avec son scénariste (Ben Hecht) et son réalisateur (Victor Flemming) pour réécrire "Autant en Emporte le Vent" après avoir stoppé un début de tournage et congédié toute l'équipe engagée pour le film George Cukor inclus.

Le sujet est alléchant: découvrir les secrets d'une production mythique du cinéma mondial, les exigences "dictatoriales" d'un producteur, les risques financiers colossaux du projet, le tournage d'un récit à la gloire du sud esclavagiste en plein conflit mondial (1942). Autant de thèmes qui pouvaient laisser augurer une soirée prenante.

J'irai droit au but, c'est raté, complètement raté.

Passées les premières minutes pendant lesquelles on ne peut s'empêcher de rire durant la scène burlesque ou Selznik après avoir convoqué son nouveau scénariste à six heures du matin, celui-ci arrivé à jeun, se voit privé de petit déjeuner (alors qu'il salive devant un plateau somptueusement servi) au prétexte que "les sucs digestifs" nuisent à la créativité. Ou lorsque le nouveau réalisateur pressenti est obligé de reconnaître à contre-coeur qu'il a giflé la pauvre Judy Garland pendant le tournage du "Magicien d'Oz". 

Dès lors on s'enfonce dans une vulgaire pantalonade qui s'alourdit inexorablement jusqu'à la fin de la représentation.

Nos trois personnages se réduisent à des figures de bouffons se livrant à une série de pitreries et de contorsions aussi éculées que grossièrement jouées, caricaturant sans humour et avec outrance leur propre épuisement physique et moral tout comme les personnages du livre qu'ils sont obligés de jouer.

Particulièrement affligeant le numéro du réalisateur (Le Bihan) transformé en guenon à la suite du régime alimentaire - bananes, cacahuètes - imposé par Selznik, ou les mimiques, grimaces et gesticulations de ce dernier (Daniel Russo) interprétant Scarlett dans la scène finale.

Ni le beau décor, ni les maladroites tentatives de mise en perspective dans le contexte mondial de la contradiction entre cette histoire raciste et le statut de juif émigré du producteur ne sauvent la pièce (ou son adaptation française) d'une accablante médiocrité.

Il existe un public pour ce théâtre.
Moi j'en sors totalement déprimé ne sachant au juste si c'est des spectateurs ou des comédiens dont on se moque aussi délibérément.

Les Bonnes de jean Genet théâtre de l'Atelier avec Prune Beuchat Christine Brücher Lolita Chammah

Genet a écrit sa pièce "Les Bonnes" d'après un fait divers.

Mais ici le dénouement est autre que celui de cet assassinat sordide.
Ce n'est pas la patronne qu'on trucide.

Par un retournement aussi étonnant que tragique, c'est le suicide de l'une des soeurs, meurtrière en puissance, qui clôt cette histoire à la fois dérangeante et sulfureuse.

Texte puissant et transgressif  "Les Bonnes" sont la pièce de toutes les équivoques et de l'ambiguïté.

Drame de la misère certes, mais pas de la "lutte des classes". C'est Genet lui-même qui le dit.

Par le jeu du travestissement, au sens propre, de basculements et d'inversions des rôles, les rapports Amour-Haine, Dominant-Dominé, sont superbement rendus par l'écriture incisive, crue, violente de ce grand texte de Genet dont la force dévastatrice requiert de grandes interprètes.
 Or ni Prune Beuchat, ni Lolita Chammah, en dépit de leur engagement, n'ont l'envergure de ces rôles. Seule Christine Brücher, en Madame adorablement détestable, a la présence et tout l'éclat de son rôle sur scène.

On le regrette pour Sylvie Busnel qui signe une bonne mise en scène et Jérôme Kaplan dont le superbe décor vénéneux à souhait et les costumes aussi intelligents que spectaculaires servent admirablement la pièce.

dimanche 25 septembre 2011

"Personne ne m'aurait cru, alors je me suis tu" de Sam Braun au Théâtre de l'Epée de Bois

Le récit autobiographique de Sam Braun débute avec son arrestation en 1943 par la Milice, se poursuit à Auschwitz pour s'achever par la "Marche de la Mort" dont il est un des seuls survivants.

L'exercice peut paraître impossible car l'évocation d'un tel degré d'horreurs vécues peut relever du voyeurisme, de l'indécence voire de l'obscénité.

Tout au contraire.

En collaboration avec l'auteur, récemment disparu, Patrick Olivier, le récitant, nous fait revivre avec la même pudeur, la même justesse, la même simplicité et la même profondeur, le témoignage de Sam Braun.

Il nous parle de ses années en enfer en nous en décrivant toutes les atrocités, et le comédien prête à cette expérience inimaginable, comme l'écrit Sam Braun, une grande sensibilité et toute la retenue requises.Quelques projections  d'époque entrecoupent son récit, accompagnées par la musique poignante d'un violon et d'un accordéon, sur scène pour seul décor, une pierre et une tombe sur laquelle brûle symboliquement une bougie.

On hésite à laisser crépiter nos applaudissements et on remercie Patrick Olivier de nous avoir transmis ce texte bouleversant.
Puis quand Sam Braun apparaît sur la courte vidéo qu'il a enregistré pour les enfants des écoles, on ne peut plus retenir ses larmes à l'écoute du si beau message de vie et d'espoir délivré par ce très vieux Monsieur ..

Et surtout lisez son livre éponyme, si vous ne pouvez pas voir le spectacle, paru aux éditions Albin Michel.

YOURI de Fabrice Melquiot au Théatre Hébertot

J'ai conservé depuis 2005 un article annonçant "un auteur est né" parlant de Fabrice Melquiot.

Les aléas de la programmation jusqu'à maintenant ne m'avaient pas permis d'assister à la représentation d'une de ses pièces.

C'est chose faite avec Youri.

L'adoption, ses difficultés et celles d'un couple en mal d'enfants en sont le sujet.

Ce problème si complexe et actuel rarement traité sur scène, pouvait laisser croire que l'on découvrirait une pièce, qui à défaut d'être "profonde" nous aurait au moins permis de partager les interrogations, les incompréhensions, les émotions des protagonistes.
Comment Didier Long a-t-il pu signer cette mise en scène? lui dont le nom a été associé à la création de tant de spectacles de qualité.

Si le problème de la "marchandisation" de l'enfant est évoqué, tout est si grossier  et lourd que je refuse de m'étendre davantage sur ce spectacle navrant.

On est en dessous du niveau du mauvais boulevard.
 La bêtise règne sans partage sur cette soirée.

dimanche 18 septembre 2011

Entre Deux Ils. Théatre de l'Oeuvre

Un travail d'orfèvre

Un bijou théâtral

Qu'une femme aimée abandonne son mari sans motif et s'épanouisse chez un libraire de qualité ,en province,où s"échoue à son tour l'inconsolable époux délaissé, peut faire penser à l'intrigue de ces pièces de boulevard auxquelles je suis généralement insensible, voire allergique.

Tout au contraire.

Sous la magistrale direction du tandem José Paul et Agnès Boury,éblouissante de justesse et de sensibilité, Claire (Lysiane Meiss) Rémi (Eric Savin) David( Bernard Malaka) incarnent à la PERFECTION les personnages créés par Isabelle Cote dont cette première pièce révèle un très joli talent

Cette attachante histoire d'êtres meurtris, mais triomphant chacun de sa blessure., nous porte et nous emporte tout au long de la représentation.
L' empathie avec le public est si forte, qu'en dépit d'un dénouement un peu "mélo" la salle crépite d'applaudissements si tôt la dernière réplique entendue.

C'est toute la magie du théâtre qui opère en ces moments de grâce.

Ne boudons pas notre plaisir, qui sera , je le souhaite, très largement partagé.