vendredi 4 février 2011

UNE BANALE HISTOIRE de TCHEKHOV (Théâtre de l'Atelier)

Nous aimons Marc Dugain dont nous avons pu apprécier le talent d'écrivain et de réalisateur de cinéma.
Tchékhov est un auteur dont la petite musique sait comme aucune autre nous parler de tristesse, de désespoir avec tant de profondeur, sans emphase ni débordement.
Jean-Pierre Darroussin a fait à l'écran de si nombreuses apparitions réussies qu'on ne peut toutes les évoquer ici.

Sans doute par manque d'expérience théatrale le metteur en scène ne parvient jamais à choisir entre une lecture statique ou le souhait de donner véritablement vie aux protagonistes.
Et malgré la ressemblance physique avec l'auteur qui est frappante, le jeu du comédien est d'une monotonie lassante.
Quant au texte de Tchékhov, il recèle bien entendu de bouleversants passages, mais clui-ci en grand auteur savait quels étaient ses écrits destinés à la scène: ses pièces sont inoubliables.
Sa nouvelle est elle destinée à la lecture et c'est ainsi qu'on doit la découvrir.
Aussi notre déception n'en a été que plus vive.

LE NOMBRIL de Jean ANOUILH (comédie des Champs Elysées)

D'Anouilh, Michel Fagadau nous avait donné à voir en 2010 une très bonne "Colombe" servie par une excellente distribution. Cette pièce était de la bel ouvrage, conventionnelle certes, mais dépeignant sous un jour grinçant et sans fard un monde du théâtre impitoyable et attachant à la fois.

"Le Nombril" cette ultime pièce est navrante.

Le texte, déluge de répliques aux relents poujadistes outrageusement démodés, de redites poussées jusqu'à l'exaspération, nous livre le portrait d'un auteur à succès: harcelé à la fois par ses proches à l'insatiable cupidité et les douleurs de sa goutte, le personnage malgré son apparente goguenardise et ses multiples facéties ne peut dissimuler le concentré d'aigreur qu'il incarne.

Par respect pour l'auteur on aurait préféré demeurer dans l'ignorance de ces références autobiographiques si amères et conservatrices.

dimanche 30 janvier 2011

L'ENFANT ET LE LOUP de Jean Pierre NOTTE (Rond Point jusqu'au 13/02)

A voir pour la performance de Judith Magre qui n'a pas son égal pour dire les pires horreurs avec tant d'aplomb, de naturel et d'élégante autorité; et pour découvrir Julien Alluguette jeune comédien dont le talent et la beauté nous ont frappés

THE END OF THE RAINBOW (Trafalgar Studio - Londres)

January the sixth,

Sorry, nothing to talk about in Paris for the moment, but if ever you go to London, I insist, don't miss "The End of the Rainbow" an amazing, fantastic musical about the very sad end of Judy Garland's life. Tracie Benett is just incredible as well playing, singing and dancing.
Even if you are not a Judy Garland's fan as me, you cannot be deeply moved by this performance.
The show is just perfect, you will be thrilled.

FEYDAU à l'affiche

En réponse à la morosité générale, le divertissement est de rigueur dans nos salles.
Feydau n'est pas un auteur facile à monter, et bien qu'il occupe l'affiche de nombreux théatres depuis le début de saison nous avons préféré passer sous silence et dans l'ordre chronologique:

Un "DINDON"(mis en scène par philippe Adrien à la Tempête en septembre)aux personnages caricaturaux transformés en marionnettes,

pis encore,

"LES FARCES CONJUGALES"(on purge bébé, Léonie est en avance, mais ne te promène donc pas toute nue ...) aux références psychanalitiques si appuyées qu'elles interdisent le rire pour Richard Brunel au nouveau théatre de Montreuil en novembre, et les mêmes reprises actuellement au théatre Marigny dans lesquelles cette fois la platitude des interprètes perdus sur cet immense plateau au décor nu distillent un ennui qui fait mal.

Oublions ces déconvenues et revenons à la Comédie Française.

LE FIL A LA PATTE (en alternance jusqu'au 18 juin 2011)

C'est avec une curiosité réservée que nous attendions ce "Fil à la Patte".

Pour une ancienne "mordue" des Deschiens, déçue à l'époque par ses "Précieuses Ridicules", Jérôme Deschamps nous a réservé cette fois, un spectacle étourdissant avec les comédiens du Français, il faut le souligner.
Les deux premiers actes sont un véritable feu d'artifices d'humour ravageur, cynique, absurde, admirablement servis par une troupe idéale.
On a frolé la représentation d'enthologie, malheureusement le dernier acte s'essouffle et patine malgré les exploits indescriptibles d'invention de Christian Hecq (Bouzin) que l'on avait déjà pu apprécier antérieurement dans "La Main Passe" du même Feydau et dans la troupe des Boliboc. Malgré cette réserve le public est enthousiaste et on le comprend.

dimanche 21 novembre 2010

EL VIENTO EN EL VIOLIN de Claudio Tolcachir - MAC de Créteil

(jusqu'au 20 novembre)

Le deuxième spectacle de Claudio TOLCACHIR "El viento en el violin" vient de nous apporter la confirmation éblouissante du talent exceptionnel du jeune auteur et metteur en scène argentin et de toute sa troupe de comédiens surdoués.

Cette pièce qu'il vient de créer à Buenos Aires, nous replonge dans les abysses de la déliquescence familiale, abordant avec un réalisme absolu des situations qui pourraient nous faire fuir.

Mais voilà, non seulement le spectacle ne tombe jamais dans le porno, l'obscène ou le vulgaire , mais plus encore il nous réserve des moments d'un humour consommé: la séance de psychanalyse est un morceau d'anthologie, qui balaie Woody Allen, tout en laissant poindre un espoir au coeur de cette humanité confrontée à des situations pourtant sans issue.

On pourrait assister au pire du mélo ou du reality-show mais c'est l'émotion la plus authentique qui nous étreint. On est pas près d'oublier ce jeune homme "attardé" qui revendiquera sa paternité auprès du couple lesbien dont il a été la victime.

jeudi 18 novembre 2010

SACRIFICES de Nouara Naghouche et Pierre Guillois - Théatre du Rond-Point

(jusqu'au 28 novembre)

La découverte d'un phénomène théatral n'est pas si fréquente: il faut aller voir  "Sacrifices" pour Nouara NAGHOUCHE (déjà nommée révélation aux Molières 2009).

Cette comédienne, se mettant en scène pour dénoncer les abus dont de nombreuses femmes musulmanes
sont les victimes dans notre hexagone, occupe le plateau avec une présence, une aisance et des dons tragi-comiques qui ne peuvent que lui réserver un grand avenir au théatre.

Elle a un abattage qui lui fait déjà brûler les planches.

Sa conviction et son engagement donnent toute leur force à ces situations souvent insoutenables (qui peuvent aussi concerner les autochtones). Mais l'humanité et le comique sont là.

L'autre mérite de cette soirée: constater l'adhésion d'un large public de scolaires dont la réceptivité est palpable.

Voilà qui est réconfortant dans le contexte d'intolérance et de communautarisme ambiants. .

lundi 15 novembre 2010

BORIS GOUDOUNOV de Pouchkine - Théatre des Gémeaux à Sceaux

(jusqu'au 16 novembre, en russe sur-titré)

C'est dans la salle des Gémeaux entièrement modifiée, baignée de vapeurs d'encens et résonnant des sublimes chants ortodoxes russes que nous avons pénétré pour assister au Boris Goudounof de Pouchkine mis en scène par Declan Donnelan.

Au milieu du Public, sur un long praticable identique à ceux des défilés de Mode, se joueront les luttes intestines sans merci qui ravageront l'Empire russe après la mort du Tsar Ivan le Terrible.

Sublime tragédie du pouvoir, de l'usurpation de celui-ci et de l'imposture triomphante.

Admirablement servie par Declan Donnelan qui ne se contente pas seulement de rendre toute la beauté du texte, mais joue avec une force inouie sur son actualité explosive.

Avec une surprenante économie de moyens, de subtiles et intelligentes transpositions, l'action qui débute bien au XVI eme siècle évolue inexorablement jusqu'à nos jours par la seule utilisation des costumes et de quelques éléments sur le plateau qui rendent toute l'intensité du drame.

Pas un moment de faiblesse, pas un instant de répit, l'attention du spectateur reste captivée de bout en bout .

Qu'il s'agisse de Shakespeare ou de Pouchkine, Declan Donnelan mène ses interprêtes au sommet de l'art dramatique.

samedi 6 novembre 2010

LULU de Frank Wedekind - Théatre de La Colline

On ne peut que saluer l'initiative de Stéphane Braunschweig de monter Lulu pièce de Frank Wedekind que l'on ne connaît qu'à travers le film de Pabst  immortalisée par Louise Brooks (récemment passé sur Arte) et l'opéra de Berg (repris à Garnier dans les années 80).

C'est donc avec un vif intérêt aiguisé par l'impatience de la découverte que nous attendions cette représentation.

La pièce est bien la "tragédie monstre" ainsi que la définissait son auteur. On est glacé par la course à l'abîme de cette société totalement hypocrite menée par son insatiable cupidité et victime de ses pulsions. Tableau qui résonne aujourd'hui encore avec une incroyable actualité.

La scénographie est éblouissante par ses jeux de miroirs où l'on se perd à l'infini au sens propre et figuré, par ses couleurs troublantes et par l'économie des éléments du décor qui renforcent l'intensité de l'action dramatique.

Quant à Lulu, s'il lui manque le côté vénéneux du personnage, elle en a tout à fait la grâce, l'innocence dévastatrice et assassine;

N'ayez pas peur de la durée du spectacle, c'est une soirée à ne pas manquer: Wedekind est un grand auteur - sa tragédie implacable 

lundi 1 novembre 2010

LE CAS DE LA FAMILLE COLEMAN de Claudio Tolcachir au Théâtre du Rond Point


Après avoir trop souvent souffert en ce début de saison dans de grands théâtres affichant pourtant de brillantes distributions pour des spectacles décevants pour ne pas dire affligeants, ma constance de spectateur vient d'être comblée. Avec "le cas de la famille Coleman", Claudio Tolcachir nous permet d'assister à un évènement qui comptera parmi les plus marquants de l'année.

Il dégage dans le travail avec les comédiens sur le texte dont il est l'auteur une impression de nouveauté et de force comparable aux géants Brook ou Mnouchkine. Les Argentins n'ont pas fini de nous surprendre; leur imagination, leur sens de la tragédie, leur côté déjanté sont véritablement époustouflants. Quel vent de jeunesse et quelle justesse.
On est du début à la fin de la pièce littéralement captivé par cette famille à la dérive dont le plus déjanté de tous, victime innocente d'un dénouement tragique, incarne cependant la voix de la lucidité.
Félicitons le Festival d'Automne et le théâtre du Rond-Point d'avoir accueilli cette troupe dont nous sommes impatients de découvrir le prochain spectacle à Créteil.